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CZECHOWSKI, GEYMET, ANDREWS… CES MIGRANTS QUI ONT IMPLANTÉ L’ADVENTISME EN SUISSE

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Fondée aux Etats-Unis, l’Eglise adventiste du 7e jour met une quinzaine d’années avant d’arriver en Europe. C’est dans la nuit du 7 février 1866 que les premiers baptêmes adventistes en Suisse ont lieu au lac de Neuchâtel. Louise Pigeron, une femme du canton de Vaud, sera la première adventiste de la Confédération.

La FSRT a célébré les 150 années de présence de l’adventisme dans notre pays en renouvelant l’expérience : une cérémonie de baptême dans le lac de Neuchâtel. Ainsi, 150 ans après, jour pour jour, les églises adventistes de l’arc jurassien se sont réunies le dimanche 7 février 2016 pour le baptême d’une autre femme, Fatima.

Comment le message adventiste a-t-il réussi à traverser le temps et les océans ? Retour sur le parcours de trois migrants qui avaient pour principal objectif d’apporter le salut aux autres.

L’Eglise adventiste du 7e jour mondiale prend forme dès les années 1840 de l’autre côté de l’Atlantique. Pourtant, c’est de Pologne que vient celui qui va faire fleurir l’adventisme en Suisse. Né en 1818 à Cracovie, Michael Czechowski se met d’abord au service de l’Eglise catholique. Il est d’ailleurs ordonné à Varsovie. Rapidement déçu par l’hypocrisie qui y règne, il quitte le monastère. Czechowski se rend alors à Rome et réussit à rencontrer le pape Grégoire XVI auprès de qui il dénonce la corruption au sein de l’Eglise. N’obtenant aucune réaction, il visite les ordres de Paris où son constat n’est guère différent. Ce sont ces différentes déceptions qui poussent Czechowski à s’éloigner de l’Eglise catholique et à se rapprocher des Saintes Ecritures. Il donne des études bibliques, prêche la tempérance et forme des groupes de travail sur l’amélioration sociale. Son leadership et son zèle effraient la population de l’époque. Dans un contexte politique fragile, il est emprisonné pour activisme politique.

Les premières années de la vie de Michael Czechowski révèlent déjà un tempérament fougueux et engagé. C’est avec ses forces et ce que l’on peut aussi considérer comme des faiblesses que Dieu l’a pourtant utilisé.

A sa sortie de prison, Czechowski paraît se chercher. Il part à Londres, puis revient à Paris pour s’occuper des réfugiés polonais. Il rejoint ensuite la Pologne en tant que militant politique, avec l’objectif de libérer son pays en proie à l’armée russe, ce qui n’arrivera pas. Il rentre à Paris.

Après un an et demi de va-et-vient, Czechowski opte enfin pour une seule et même direction en 1850. Il quitte les ordres, épouse Marie Virginia Delavouet et s’installe avec elle en Amérique du Nord (d’abord aux Etats-Unis puis très vite au Canada), où il travaillera pendant 13 ans.

Relieur de formation, Czechowski prospère et réussit même à monter son atelier de reliure. Un jour, celui-ci prend feu et Czechowski perd tout. Encore une épreuve et une grande déception qui le poussent vers d’autres chemins, plus proches de Dieu. En effet, c’est suite à ce désastre que la Société Missionnaire Baptiste l’invite à rejoindre son équipe dans un autre comté canadien. Le couple déménage et, encouragé par l’Eglise baptiste, Czechowski accomplit un travail d’évangélisation précieux et fructueux. Ce sont les premiers pas du missionnaire Michael Czechowski.

Mais l’œuvre de Dieu ne s’arrête pas là. Czechowski devait rejoindre le champ missionnaire baptiste, car c’est dans cette ville qu’il entendit pour la première fois James White prêcher lors d’une campagne d’évangélisation. Touché en plein cœur par la nouvelle du retour de Jésus et égal à lui-même, entier, engagé et fougueux, Czechowski quitte les baptistes et se baptiste dans l’Eglise adventiste du 7e jour. Il déménage ensuite à Battle Creek, siège de l’Eglise à l’époque, où il reprend son travail de relieur. Une nouvelle et importante étape de sa vie commence.

Encore une fois, son zèle et son amour pour la Parole et sa prédication font de lui un homme très remarqué. Ellen et James White sont ravis de rencontrer un nouveau baptisé aussi engagé. Ils voient en lui une réelle bénédiction. C’est la raison pour laquelle ils financent sa mission d’évangélisation auprès de ses anciens amis au Canada, mission qu’il réalise avec succès en animant des conférences en français. Puis, tout à coup, sans consulter personne et sans prendre le temps d’une réelle réflexion, Czechowski décide que lui et sa famille quitteront le comté de Clinton pour se rendre dans la ville de New-York (Canada). Il explique sa décision en invoquant des difficultés pour subvenir à ses besoins là où il a été envoyé et Ellen et James White, compréhensifs, décident de continuer à le soutenir financièrement. Alertée dans une vision que Czechowski faisait fausse route, Ellen White lui conseille de renoncer à cette décision précipitée. Mais sa fougue et son entêtement ont raison de lui et il décide de poursuivre son projet. Czechowski débarque dans le Vermont où il évangélise les minorités et forme ce qu’il appelle lui-même des églises. Entre deux conférences, il écrit sa biographie en espérant la publier et gagner de l’argent. Mais ce qui n’était pas le plan de Dieu ne pouvait se transformer qu’en échec. L’Eglise n’arrivant plus à gérer une telle personnalité – fermée à toute remarque, ingérable et un peu dispersée – elle lui retire son aide financière. Cela signe la rupture « administrative » entre les deux parties.

Toutefois, Czechowski continue son cheminement et n’abandonne pas sa foi en Dieu ni ses convictions religieuses adventistes. Il part même à la conquête de son grand rêve, l’évangélisation de son continent d’origine, l’Europe. En 1864, il arrive en Italie et obtient un salaire de l’Eglise adventiste du 1er jour. Celle-ci découvrira deux ans plus tard que son argent allait en fait à la prédication du message adventiste du 7e jour, dénomination qu’elle ne connaissait même pas. La détermination de Czechowski pour ses projets n’a vraiment pas de limite. C’est dans ce contexte que Czechowski rejoint la Suisse. Mais il ne vient pas seul.

 

Un certain J. D. Geymet (1842-1923) de Torre-Pellice, vallées vaudoises du Piemont, est intrigué et touché par le message de Daniel prêché dans les vallées par ce missionnaire européen érudit. Geymet demande à étudier plus profondément l’enseignement du Sabbat et toutes les vérités bibliques. Après de longs mois d’études, il prend finalement la décision de se faire baptiser. Geymet devient donc, en 1865, le premier adventiste d’Europe. Suite à cela, les premiers défis de la vie de ce jeune converti arrivent. Sa fabrique de soierie, où il travaillait depuis un certain temps, le renvoie à cause de son refus de travailler le Sabbat.

Geymet prend la courageuse décision de partir avec son mentor pour vivre pleinement pour et du message qu’il vient d’accepter. Czechowski, sa famille et lui arrivent donc à Yverdon, la fin des chemins de fers à l’époque, et ils s’installent à Grandson. Geymet doit accepter toutes sortes de petits travaux pour aider à nourrir la troupe, vu que les finances de Czechowski ne sont pas suffisantes. Il est l’éclaireur cherchant les salles d’écoles, les chapelles et les églises où son ami allait ensuite faire ses prêches.

Suite à des présentations du message adventiste au temple de Fleurier, deux personnes se décident pour le baptême. La nuit du 7 février 1866, alors qu’il fait froid au point de devoir briser la glace pour entrer dans le lac, a lieu le premier baptême adventiste en Suisse à la lueur des lanternes. On n’osait pas encore baptiser de jour. Louise Pigueron et sa fille se font baptiser par Czechowski. L’année suivante, en 1867, grâce à ces deux courageuses pionnières, se forme la première église adventiste officielle à Tramelan.

Mais Czechowski, rattrapé par ses tractations douteuses, perd le soutien de l’Eglise adventiste du 1er jour. Dans une période sombre de sa vie, il quitte femme et enfants et se rend seul en Hongrie, puis en Roumanie, où il met encore son zèle au service de la proclamation de l’Evangile. Après avoir transmis le flambeau à d’autres, Czechowski meurt tristement en Autriche le 25 février 1876.

Geymet, resté tout seul, décide de continuer la proclamation de l’Evangile par la distribution de littérature parlant du message adventiste. C’est ainsi que naît le premier colporteur adventiste européen. Ayant visité presque tous les villages suisses francophones de l’époque, il laisse sur son passage des milliers d’exemplaires de livres qui vont produire des centaines de convertis dans la région. Il s’agit notamment de La vie du Christ et D’Eden en Eden, ainsi que de traités, de brochures et de journaux.

Au départ de Czechowski pour la Hongrie, l’Eglise basée aux Etats-Unis estime qu’il est temps de soutenir la mission dans notre pays en envoyant un missionnaire expérimenté et choisi par la Conférence Générale. Celle-ci charge J. N. Andrews de cette mission. Ellen White affirme à l’époque qu’il s’agit de l’homme le plus capable. Andrews arrive donc en Suisse en 1874, à 45 ans, veuf, accompagné de deux jeunes adolescents, Charles (15 ans) et Mary (12 ans). Le courage de cette famille s’avère payant, puisqu’Andrews est notamment le créateur de la revue Signes des temps, au travers de laquelle la bonne nouvelle va se propager dans plusieurs pays européens. Il publie aussi trois autres revues : en allemand, Herold der Wahrheit, en italien, L’Ultimo Messaggio et en roumain, Adeverulu Present. Ses enfants aident dans la traduction, la correction et l’impression de la plupart de ces publications.

Andrews est un théologien brillant. C’est lui qui, même depuis l’Europe, affine nos doctrines comme le Sabbat, le « sommeil » des morts, le sanctuaire, la dîme et le message des trois anges. Il paie très cher son engagement. Ayant très peu de moyens pour vivre, sa famille se prive de beaucoup des choses. C’est ainsi que Mary tombe malade et meurt en 1878 suite à une tuberculose à l’âge de 16 ans. Plus tard, Andrews lui-même devient très malade. Il continue à travailler depuis son lit en dictant les articles et meurt à son tour en 1883, à 54 ans.

Au cours de la décennie suivante, des groupes se constituent en Hollande, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Tchécoslovaquie, en Hongrie et en Pologne. Puis, au début du siècle, dans les Balkans, en Autriche, en Espagne et au Portugal. On peut estimer à près de dix mille le nombre d’adventistes en Europe à la fin du 19e siècle, 25 ans après la venue de J. N. Andrews. C’est ainsi que l’Eglise adventiste du 7e jour devint un mouvement européen et mondial.

 

Un Polonais, un Piémontais, un Américain. Des hommes étranges de courage qui ont donné de leur vie pour la prédication du message adventiste en Suisse. Leur prédication ne cessa plus jamais, traversant les époques et nous atteignant aujourd’hui, comme en témoigne la ferveur de Fatima, une étrangère venant du Paraguay, qui se baptisa 150 après, jour pour jour, le 7 février 2016 au lac de Neuchâtel.

Nous pouvons être fiers de ce que l’adventisme est devenu après tant d’années en Suisse, avec nos 4500 membres et nos institutions. Mais le moment est plutôt à la réflexion et à la remise en question. Comme en témoigne le baptême de Fatima, une étrangère, notre message a du mal à passer chez les autochtones. Nos églises se vident petit à petit, les gens nés dans ce pays sont remplacés par des étrangers qui viennent dans notre Confédération, cette fois-ci non pour apporter le message, mais pour le découvrir. Nous pourrions dire que la boucle est bouclée. Mais non, que faire pour que le message continue à être pertinent, pour que des personnes comme Louise Pigueron, Suissesse intelligente et influente dans sa région, prennent la décision de se donner au Christ ? Pourquoi n’arrivons-nous plus à atteindre ces catégories de personnes ?

Pour l’expliquer, certains affirment qu’il n’y a pas eu d’autres évangélistes aussi zélés et efficaces que Czechowski, Geymet ou Andrews, qui travaillaient avec ardeur et amour pour la mission. Czechowski, même s’il n’a pas toujours su soumettre son caractère et son tempérament à l’action transformatrice de Dieu, était, sans aucun doute, un instrument entre les mains de Dieu pour répandre la bonne semence en Europe et en Suisse notamment. Peut-être devrions-nous changer notre regard sur notre beau message, qui est toujours aussi pertinent. Malgré nos imperfections, Dieu peut faire de nous des Czechowski ou des Andrews, ayant le même courage, la même foi et la même détermination, pour qu’où nous soyons, nous puissions jouer un rôle dans le plan de Dieu pour ce monde.

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