• Yolande, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Yolande Grezet. Je suis mariée au pasteur Gilbert Grezet. J’ai donc été membre de l’église de Lausanne pendant 20 ans, puis 7 ans à Gland, 6 ans à Genève et maintenant, depuis deux ans, à Clarens et à Sion. Je travaille à la fédération depuis 25 ans.

En parallèle, je suis très sensible à la cause écologique et locale. En fait, je m’intéresse à tout ce qui touche au relationnel, aux échanges humains et à ce qui favorise la diminution du grand consumérisme.

  • Au-delà de la philosophie, comment cela se traduit-il dans ta vie ?

J’essaye d’être active ! J’ai mis en place (avec trois autres personnes) une association de Système d’Echange Local (SEL) qui cherche à favoriser les liens et les échanges de temps, de service, de compétences et de biens. Mais l’objectif est surtout de s’aider les uns les autres sans toujours passer par l’argent. C’est le SEL de la Grande-Eau, dans la région d’Aigle.

  • Comment t’est venue cette idée ?

L’histoire a commencé au Canada dans les années1980 dans une ville où il y avait énormément de chômage. Ce système a été créé pour s’entraider. Ensuite c’est arrivé en France et cela existe depuis une vingtaine d’années en Suisse.

Quand j’habitais à Begnins, une amie m’a invité à participer au SEL de cette région. J’ai trouvé cela tellement bien qu’en déménageant, j’ai eu envie d’en créer un, surtout que j’arrivais dans une région où je ne connaissais personne. Je me suis dit que ce serait une manière positive de rencontrer des gens. J’ai embarqué trois copines avec moi et nous nous sommes lancées. Une année après, nous sommes une cinquantaine de membres.

  • Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

Pour faire partie de l’association, il faut habiter la région et être venu au minimum à une rencontre. Le SEL est avant tout un système local et de confiance. C’est pourquoi nous avons une réunion mensuelle qui permet de rencontrer les personnes qui veulent intégrer le SEL.

Ensuite, en exemple concret : j’ai besoin de nettoyer mes vitres mais je n’ai pas beaucoup de temps et je n’aime pas faire cela… Par le biais de l’association, je peux mettre une annonce sur le site web pour savoir si quelqu’un peut venir m’aider, l’idée étant que nous y travaillions ensemble car à deux, le travail est plus vite fait et sympathique.

Cela peut être aussi de la conversation en anglais, des dons d’œufs frais, un prêt de déguisement pour enfants, …

Personnellement, j’ai déjà offert des légumes, j’ai fait du transport et je demande aussi beaucoup. Un jour, j’avais besoin de plots en bois pour raconter une histoire des enfants à l’église. Ne voulant pas en acheter juste pour ce moment, une famille m’en a prêtés pour le week-end.

  • Et je dois proposer quelque chose en retour à la personne qui me rend service ?

Alors non, pas forcément. C’est effectivement un système d’échange mais pas obligatoirement à deux personnes. Dans ce système, nous avons une monnaie virtuelle avec laquelle on se « paie », mais qui n’a au final aucune valeur, si ce n’est sur le site. Cette monnaie permet de ne pas être uniquement dans la demande ou l’offre.

 

  • En Suisse, un pays riche, ce système d’échange est-il vraiment pertinent ?

C’est vrai qu’en Suisse, la majorité n’est pas forcément dans le besoin.  J’ai quand même entendu dire que le SEL a permis à plusieurs étudiants de s’en sortir car l’argent réel n’entre pas en compte. Ils ont pu échanger de la nourriture et des produits de première nécessité contre des services.

Néanmoins, c’est vrai qu’ici le principal atout c’est que cela crée des liens. Ou encore, si un jour tu te casses une jambe, tu peux mettre une annonce pour demander à quelqu’un de faire tes courses. Tout en restant conscient que les Suisses ont plus de facilité à offrir qu’à demander…

 

  • Alors être écolo et chrétien cela va ensemble ?

Ah complètement ! Cela correspond à 100% à l’éthique chrétienne. Dans notre société tout est lié à l’argent, là, il ne s’agit pas de dire que ce que j’ai est à moi ou alors je le monnaie. Mais au contraire, si j’ai la chance d’avoir en abondance, de savoir parler anglais ou d’avoir du temps libre, je vais le partager ! Et en partageant autour de chez moi, je ne pollue pas la planète. Alors oui, être écolo… c’est 100% chrétien.

  • Par le biais du SEL, as-tu eu l’occasion de parler de ta foi ?

Au début pas du tout et c’était volontaire. Comme c’est moi qui ai eu l’initiative de créer le SEL de la Grande-Eau, je ne souhaitais pas que les membres se sentent piégés. Je ne voulais pas qu’ils pensent que j’utilisais cela pour faire du prosélytisme.

Mais maintenant que Gilbert fait aussi partie du SEL, les gens savent qu’il est pasteur, que je fréquente une église. Cela suscite quelques questions. Deux amies sont même venues participer aux cours de cuisine à l’église de Sion. J’ai trouvé cela fabuleux.

Les choses se sont faites très naturellement, de manière posée. Du coup, j’ai découvert qu’il y a plusieurs chrétiens dans l’association !

  • Cela pourrait donner l’idée à une église de créer son propre SEL ?

J’avais pensé à cela au départ. Mais en y réfléchissant, il me semble préférable que les membres d’église se mélangent aux personnes d’autres SELs. C’est vraiment un moyen pour connaître et s’ouvrir à ses voisins.

Pour connaître les SEL dans votre région : www.enlien.ch

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