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Un pêcheur attrapé

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Nul n’est trop désintéressé, trop distrait, trop confiant, trop découragé, ni trop pécheur pour qu’une rencontre avec la puissance de Dieu en Jésus ne puisse le racheter et le transformer.

Les histoires de la Bible me passionnent. Chaque fois que j’en lis une, de nouvelles idées me sautent aux yeux. Il m’est souvent arrivé de m’étonner en voyant combien la familiarité avec un passage m’amène à négliger sa signification plus profonde – une signification qui va bien au-delà du simple contenu de l’histoire.

Récemment, en lisant Luc 5.1-11, j’ai fait l’expérience de cette nouveauté de l’approche, de cette profondeur de la compréhension. Jésus enseigne la multitude près d’un lac. Alors que la foule se presse autour de lui, il monte dans un bateau pour mettre quelque distance entre lui et la foule, ce qui lui permet de continuer à enseigner. Cependant, au fil de ma lecture, je me suis progressivement rendu compte que Jésus se focalise sur quelque chose, ou plutôt sur quelqu’un d’autre que la foule.


L’EXPERT DÉSINTÉRESSÉ

Voyez le contraste entre la réaction de la foule à l’enseignement de Jésus et celle des pêcheurs à proximité. Tandis que la foule « se presse » instamment autour de Jésus pour entendre son message, les pêcheurs, eux, semblent complètement déconnectés, impassibles, désengagés, tandis qu’ils se livrent aux tâches et aux activités normales de leur métier et lavent leurs filets. Observez la démarche subtile de Jésus vers Simon Pierre, pêcheur et propriétaire du bateau. Il lui demande de s’éloigner un peu de la berge pour qu’il puisse se faire entendre d’un plus grand auditoire.

Une fois son sermon terminé, Jésus se tourne vers Pierre. Il lui demande d’avancer le bateau en eau profonde et de jeter les filets. Dans ce domaine, Pierre, pêcheur depuis de nombreuses années, jouit d’une connaissance et d’une expérience certainement supérieures à celles de Jésus, ce dernier ayant exercé le métier de charpentier. Il semble vraisemblable et même évident qu’en matière de pêche, Pierre sait que lui, et non pas Jésus, a autorité dans ce domaine. J’imagine ce pêcheur aguerri se dire en lui-même : « Jésus, je m’incline respectueusement devant ta connaissance de la Parole de Dieu, mais quand on en vient à la pêche, alors là, tu peux laisser ça aux pêcheurs – dans le cas présent, à moi ! » Cependant, il remet à plus tard ce commentaire et fait ce que Jésus lui demande. Sa réponse, toutefois, dit tout haut ce qu’il pense tout bas : « D’accord Maître ! Par contre, nous, les pros, nous savons ce que nous faisons. Nous avons pêché toute la nuit, et nous n’avons rien pris. Mais par respect pour toi, Maître, je vais quand même jeter les filets. »

Il est évident que Pierre considère Jésus comme une autorité et un maître crédible, puisqu’il l’appelle « Maître » – l’équivalent grec du titre hébreu rabbi ou « maître révéré ». Mais c’est dans la rencontre miraculeuse qui s’ensuit que Pierre découvre l’étendue de l’autorité et de la puissance de Jésus. Cette expérience l’aide à comprendre que Jésus est beaucoup plus qu’un simple maître révéré. Obéissant aux instructions de Jésus, Pierre jette les filets. À son grand étonnement, il fait la plus grande prise de sa carrière !


LE SEIGNEUR DES POISSONS

Dans ce récit, il semble à première vue que le poisson soit le point central du miracle. Cependant, l’objectif principal tant du récit que du miracle est incontournable : démontrer l’identité et l’autorité de Jésus. Ici, ce n’est pas le nombre de poissons ou la perspective de la grande tâche à venir qui bouleverse Pierre, mais plutôt l’autorité suprême et la grandeur de la présence de Jésus lui-même à qui un tel miracle est imputable. De quoi surprendre le pêcheur expérimenté qu’il est ! C’est la prise de conscience de l’Être que Jésus est vraiment qui amène Pierre à saisir son dénuement spirituel, son indignité, et à reconnaître l’absolue nécessité de répondre à l’invitation de Jésus à le suivre. Pierre lui-même vient de se faire « attraper », en quelque sorte, par Jésus. Tombant à genoux, il l’appelle « Seigneur ». Ce titre est réservé aux individus qui, dotés d’une puissance supérieure, exercent une autorité et un contrôle sur une autre personne. Le réflexe de Pierre – il l’appelle d’abord « Maître », et ensuite, « Seigneur » – est une transition majeure de sa perception de Jésus et de sa propre relation avec le Maître. Tandis qu’il saisit qui est Jésus, qu’il fait la différence entre sa propre identité coupable et l’identité divine de Christ, Pierre ne peut plus s’adresser à lui simplement en tant que Maître révéré. Jésus est son Seigneur !

Le fait même que Pierre soit devenu profondément conscient de son état de pécheur rien qu’en étant en la présence de Jésus nous donne un aperçu de la façon dont il perçoit maintenant le Seigneur en tant qu’autorité sainte et puissante. Cette prise de conscience va bien au-delà d’une simple considération de Jésus en tant qu’Enseignant de la Parole de Dieu ayant autorité. Elle a un impact tel sur Pierre qu’il prend la décision de tout abandonner – y compris la plus grande prise de toute sa carrière de pêcheur ! Il obéit immédiatement à l’ordre du Seigneur et choisit de le suivre. À ce moment-là, il comprend que Jésus peut faire avec lui et pour lui ce qu’il ne pourrait jamais faire pour ou par lui-même.


UNE DOUCE POURSUITE

Le thème général du récit illustre la façon puissante, mais ô combien douce, dont Dieu poursuit l’humanité. C’est là, en définitive, l’un des principaux mobiles du récit biblique tout entier. Dans mon étude approfondie de l’histoire de Luc, j’ai découvert deux idées principales.

La première est que ce n’est pas le fait d’être un grand enseignant et présentateur de la Parole de Dieu qui donne à Jésus sa plus grande autorité ni son plus grand attrait.

Ce qui lui confère son autorité unique et une attirance universelle, c’est son identité en tant que Dieu. Jésus n’est pas simplement un homme : il est Dieu, le Créateur. Il possède l’autorité et la puissance pour être le Seigneur de toutes choses et pour appeler hommes et femmes à faire l’expérience d’une vie transformée et à son service. Nul n’est trop désintéressé, trop distrait, trop confiant, trop découragé, ou trop pécheur pour qu’une rencontre avec la puissance de Dieu en Jésus ne puisse le racheter et le transformer. Jésus est plus qu’un enseignant ; il est aussi Seigneur. Et il est le Seigneur qui non seulement s’intéresse aux masses qui le pressent, mais aussi celui qui est capable de rencontrer cet individu isolé pour se révéler à lui en tant que Seigneur et Sauveur, et pour ensuite transformer la vie de cet individu.

Bien que Jésus et Simon Pierre soient clairement les principaux personnages de cette histoire, nous ne pouvons oublier les compagnons de Pierre. Ils constituent une partie importante de l’histoire et sont également affectés par l’interaction de Jésus avec Pierre. La présence et la mention des amis de Pierre révèlent que lorsqu’un être humain rencontre Jésus et est touché, ceux de son cercle d’influence le seront aussi. Jésus identifie Pierre en tant que dirigeant d’un groupe et interagit comme tel avec lui. Il utilise son influence sur ses compagnons et ses associés pour les amener, eux aussi, à entrer dans une relation salvatrice avec lui. Les compagnons de Pierre ne peuvent s’empêcher d’être attirés et touchés, eux aussi, par Jésus.


ENGAGER LE DÉSENGAGÉ

La seconde idée que cette histoire nous révèle, c’est la façon dont les disciples de Jésus peuvent considérer et approcher les autres au nom de son royaume. Il est plus facile d’approcher ceux qui suivent déjà le Dieu créateur, mais qu’en est-il de ceux qui sont confortables là où ils sont ou qui voient simplement Jésus comme l’un des nombreux enseignants auquel il ne vaut vraiment pas la peine de prêter attention ? Qu’en est-il de ceux qui gardent intentionnellement leur distance d’avec Dieu à cause de leur propre vision confortable d’eux-mêmes ou de leurs circonstances ? Sont-ils désireux de suivre l’exemple du Maître Enseignant et de tenter d’engager les influenceurs et les changeurs de culture qui peuvent être très différents de nous ou qui peuvent même avoir plus d’expertise que nous ? Combien de fois ratons-nous l’occasion d’avancer en eaux inconnues pour voir ce que Dieu peut y faire ? J’espère que nous ne nous contentons pas de répondre à l’invitation de Jésus de jeter le filet en eaux plus profondes par un « Merci pour cette idée formidable, mais nous y sommes déjà allés. Nous y avons travaillé de toutes les manières que nous connaissons. Il n’y a vraiment rien à faire là. » Heureusement, nous pouvons avoir le courage, la curiosité et l’humilité de Pierre d’accepter Jésus dans notre vie, de le faire connaître à nos collectivités, puis de voir ce qui se produit.


LE DANGER DE LA FAMILIARITÉ

Nous avons tous tendance à glisser vers un certain niveau de confort avec les enseignements de Jésus, à les oublier ou à devenir nonchalants quant à son identité de Seigneur de notre vie. C’est là un danger particulier pour ceux d’entre nous qui ont grandi dans un environnement chrétien – dans un environnement où Jésus leur est familier à un point tel qu’ils pensent avoir entendu tout ce qu’il a à leur dire tout au long de leur vie. Et comme il nous est facile de nous laisser absorbés par les tâches mondaines ou les besognes quotidiennes de la vie, par cette « pêche » et ce « nettoyage des filets » qui entretiennent notre vie et notre identité chrétiennes !

Cette histoire de Jésus avec Pierre dans le bateau doit nous rappeler notre propre besoin de répondre à l’invitation de Jésus d’avancer en eaux plus profondes avec lui, de participer à une expérience miraculeuse avec notre Sauveur dans notre propre vie, et d’aller au-delà d’une simple reconnaissance de Jésus en tant que bon enseignant pour rencontrer la grandeur de son identité en tant que Seigneur de tous. Pour reconnaître constamment notre propre insuffisance et notre propre besoin de Jésus, il est vital pour nous de le rencontrer de cette manière et de désirer tout risquer avec lui. L’invitation de Jésus change nos priorités. Il ne faut pas une longue réflexion pour savoir que nous souffrons d’une certaine cécité et qu’il nous faut revoir certaines priorités.

Leah Jordache titulaire d’une licence en théologie de l’Université adventiste du sud-ouest, au Texas (États-Unis), a servi en tant que pasteure et dirigeante pastorale au sein de l’Église adventiste au cours des 18 dernières années. Actuellement, elle est professeure de Bible au collège et lycée adventistes de Spencerville, dans le Maryland (États-Unis).

De Leah Mordache
Source : « Un pêcheur attrapé », Dialogue 31 (2019/1), p. 19-21

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