L’affaire a fait grand bruit et ne s’est pas éteinte avec la fin de l’année scolaire : à Malicornay (Indre), un instituteur d’école publique a été suspendu puis sanctionné par l’Éducation nationale parce qu’il avait fait étudier des extraits de la Bible dans le cadre de ses cours de CM1-CM2. Le départ du maître suscite l’incompréhension et le désarroi des parents, qui se battent pour le faire revenir.

Retour sur un emballement « laïque »

Au mois de juin, Malicornay, petit village de 200 habitants du sud de l’Indre, est écrasé par la canicule qui s’est abattue sur toute la France. Sur la place centrale, l’église catholique – qui accueille tout au plus trois messes par an – fait face au monument aux morts.

Quelques mètres plus loin, l’école communale en pierre de taille indique encore « École de filles » sur son fronton. Membre d’un « Regroupement pédagogique intercommunal » (RPI) avec trois villages voisins, elle ne compte plus aujourd’hui qu’une classe de CM1-CM2. Au bout de la rue, une modeste mairie, une sortie de ferme et quelques habitations. Le calme règne.

Pourtant, depuis plusieurs mois, l’ambiance est électrique sur le territoire du RPI de Malicornay. Début février, le maître d’école, très apprécié des parents et des élèves, a dû quitter sa classe brutalement en raison d’un manquement à la laïcité, dénoncé par une lettre anonyme adressée à l’inspecteur de l’Éducation nationale (IEN) de La Châtre, la sous-préfecture dont dépend Malicornay.

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Après quatre mois de suspension, l’enseignant (qui souhaite garder l’anonymat) a été muté d’office dans une école à l’autre bout du département par les instances locales de l’Éducation nationale pour « faute professionnelle ».

En cause ? Son « étude du christianisme par les textes » prévue sur 10 séances et qui présentait une partie du livre de l’Exode et des Évangiles. Impuissance, injustice, sidération… La mobilisation d’une bonne vingtaine de familles (sur 27 élèves) – sans compter les parents des anciens élèves et plusieurs élus locaux – a pris les couleurs d’un véritable combat contre les abus d’une administration opaque et néanmoins puissante.

Dénonciation 

Reprenons les faits. Le 30 janvier 2017, l’IEN de La Châtre, Jean-Éric Rouyer, reçoit une lettre anonyme venant de « parents et de grands-parents d’élèves d’enfants scolarisés à l’école de Malicornay ». La lettre dactylographiée, déposée directement dans la boîte aux lettres de l’Inspection, fait trois pages. Elle est titrée : « Cas de prosélithysme religieux (ces deux derniers mots sont écrits en gras) à l’école de Malicornay ».

Son contenu : « Ne voulant pas mettre nos enfants dans une position très inconfortable en allant nous adresser à leur maître, nous préférons solliciter votre aide pour indiquer son grand égarement à ce professeur vis-à-vis des principes de l’école laïque et républicaine », explique-t-on.

Le ou les auteurs détaillent ensuite précisément le contenu des cours menés par l’enseignant « entre le lundi 16 janvier et le vendredi 27 janvier » en dressant une liste des épisodes les plus connus de la vie de Jésus (une petite vingtaine), assortis ici ou là de commentaires outrés. Par exemple : « la lapidation de la femme adultère (avec explication de la lapidation comme mort très dure !!!) ».

Ils relèvent aussi que l’enseignant a fait visiter l’église du village aux enfants et qu’il a – moins choquant pour les auteurs, semble-t-il – « l’habitude d’emmener les enfants faire chorale à l’église » en raison de l’acoustique du lieu.

Le directeur académique des services de l’Éducation nationale de l’Indre (plus connu sous l’acronyme « Dasen »), Pierre-François Gachet, est immédiatement alerté. Un inspecteur est dépêché par le directeur académique à Malicornay le lendemain même. Trois jours plus tard, l’enseignant est convoqué devant M. Gachet. « Après deux heures de remontrances musclées », selon le témoignage de l’enseignant, on lui signifie sa suspension « à titre conservatoire », le temps de l’enquête administrative.

Pourquoi une telle suspension ? Le directeur évoque une mesure de protection pour l’enseignant et les élèves. L’instituteur serait en effet menacé par des parents en colère.

Un motif totalement fallacieux, selon lui : il ne s’est jamais senti menacé. À partir de ce jour, il ne reverra plus sa classe.

La diligence des services académiques peut étonner. « Il y a toujours rapidité sur ce type de sujet : la laïcité, les valeurs de la République, ou encore, toutes proportions gardées, la sécurité des enfants », avait alors répondu M. Gachet au journal La Vie.

« Il a fait quoi ? rétorque une maman abasourdie. Il n’a pas enterré un enfant sous la cour ! »

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