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Collonges-sous-Salève : Jean et Gabrielle Weidner, justes parmi les nations !

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Nous sommes appelés à être braves – peu importe les conséquences

L’histoire suivante comporte deux parties. Si l’une se termine bien, et l’autre pas, en revanche, les deux ont un dénominateur commun : Dieu nous appelle à faire preuve de courage en face d’épreuves horribles – même de la mort. Lorsqu’il nous confie une mission, il ne nous laisse jamais affronter les difficultés tout seuls.

UN HOMME MARQUÉ

Jean Henri Weidner vit le jour en 1912 en Belgique, au sein d’une famille adventiste hollandaise. Son père était pasteur et enseignait le grec et l’hébreu à ce qui est aujourd’hui l’Université adventiste de Collonges-sous-Salève, en France, juste de l’autre côté de la frontière suisse non loin de Genève. Enfant, Jean passait une bonne partie de son temps à gravir les montagnes entourant ce campus pittoresque. Il découvrit les entrées et les sorties de la propriété et de sa frontière avec la Suisse. À cette époque, alors qu’il n’en savait rien, il glanait de précieuses connaissances de la région, lesquelles signifieraient tout pour l’œuvre qu’il entreprendrait des années plus tard.

Après avoir complété une partie de ses études à Collonges-sous-Salève, Jean Weidner poursuivit des études en administration et en droit à Genève et à Paris. Il se lança finalement dans l’industrie textile, d’abord à Paris où il devint assez prospère. Plus tard, il étendit ses activités dans d’autres villes de la France.

En juin 1940, comme l’armée allemande approchait, des parisiens fuirent Paris. Gabrielle, la sœur plus jeune de Jean, travaillait en tant que secrétaire du président de l’Union des fédérations franco-belges, alors domiciliée dans la capitale française. Les bureaux de l’union durent se relocaliser dans le sud de la France. Jean Weidner contribua à cette relocalisation. À cette époque, il travaillait à Lyon. C’est là qu’il mit bientôt sur pied un réseau de résistance appelé Dutch-Paris. Composé de plus de 300 « agents », ce réseau clandestin opérait une ligne de fuite des Pays-Bas vers la Suisse neutre (utilisant la frontière près de Collonges-sous-Salève) par la Belgique et la France, ou d’Andorre vers l’Espagne par une route plus dangereuse à travers les Pyrénées. Ainsi, le réseau Dutch-Paris permit à 800 juifs, à plus de 100 aviateurs alliés, et à d’autres encore d’échapper à une mort certaine sous le régime nazi.

« Quand la guerre a commencé, je me suis demandé, en tant qu’être humain, comment je pourrais aider mes semblables. Et j’ai trouvé un moyen de le faire. Si un Juif arrivait à atteindre la Suisse ou l’Espagne – deux pays neutres – il serait sauf. Le hic, c’était de trouver un moyen d’atteindre la Suisse depuis les Pays-Bas. La Gestapo, les SS, les soldats d’Hitler étaient partout ! Les frontières étaient fermées. Quant à la frontière entre la France et la Suisse, elle était lourdement gardée, parce que les nazis savaient que les Juifs essayaient d’atteindre la Suisse. Mais moi, je connaissais comme ma poche la frontière entre Collonges-sous-Salève, en France, et la Suisse depuis mes jours à cette institution », a expliqué Jean Weidner. 1

Il s’agissait, évidemment, d’une entreprise extrêmement risquée. Avant longtemps, Jean attira l’attention des nazis, se retrouvant lui-même en tête de liste des individus les plus recherchés par la Gestapo. En trois occasions distinctes, on l’arrêta et le tortura. Il fut interrogé, dit-on, par l’infâme Klaus Barbie, surnommé « le boucher de Lyon ». Mais, de façon extraordinaire, il réussit chaque fois à échapper à la mort, parfois avec de l’aide, mais toujours dans des circonstances extrêmement pénibles.

Finalement, une « agente » du réseau Dutch-Paris fut arrêtée et torturée. Pour des raisons encore inconnues, elle trahit le réseau en révélant les noms de près de 150 membres du réseau. En conséquence, un grand nombre furent envoyés dans des camps de concentration. On ne les revit jamais. Chose étonnante, Jean Weidner, lui, resta intouché.

Après la fin de la guerre, Jean travailla pour le gouvernement hollandais pendant un certain temps, et lui apporta son aide pour retracer des collaborateurs nazis. Mais vers les années 1950, il décida de prendre un nouveau départ en Amérique, trouvant une merveilleuse partenaire adventiste en sa femme, Naomi. Se lançant dans une nouvelle carrière, il ouvrit une chaîne de boutiques d’aliments naturels prospère dans le sud de la Californie, sous le nom de Weidner Natural Foods. Il fut actif dans sa communauté et dans son église locale.

Même s’il préférait ne pas parler de sa vie en Europe, ses efforts pendant la guerre ne passèrent pas inaperçus. En reconnaissance de son courage, il reçut la Médaille de la liberté des États-Unis, fut fait membre de l’Ordre de l’Empire britannique ainsi que de l’Ordre d’Orange-Nassau des Pays-Bas, et reçut la Médaille de la Résistance des Pays-Bas. La France lui remit la Croix de guerre, la Médaille de la Résistance, et la Légion d’honneur. La Belgique fit de lui un officier de l’Ordre du roi Léopold, et Israël l’honora en tant que Juste parmi les nations au mémorial de Yad Vashem – mémorial construit en Israël en mémoire des victimes de l’Holocauste. En 1993, il fut l’une des sept personnes choisies pour allumer des chandelles en reconnaissance des sauveteurs, lors de l’ouverture du Musée du mémorial de l’Holocauste des États-Unis, à Washington D. C.

Un jour, Jean Weidner a dit : « Pendant notre vie, nous faisons tous face à un choix : ne penser qu’à soi, accumuler autant que l’on peut pour soi, ou penser aux autres, servir, et être utile à ceux qui sont dans le besoin. Je crois qu’il est très important de développer notre cerveau, d’acquérir des connaissances ; mais il est plus important encore de développer notre cœur – un cœur sensible à la souffrance des autres. En ce qui me concerne, je ne suis qu’une personne ordinaire, simplement quelqu’un qui veut aider son prochain. C’est la mission que Dieu m’a donnée : penser aux autres, agir de façon désintéressée. Je n’ai rien d’exceptionnel. Si j’ai été un héros, c’est que Dieu m’a aidé à remplir ma mission, à m’acquitter de mes devoirs, à faire ce que je devais faire2 . »

Jean Weidner s’est éteint en 1994 dans le sud de la Californie, après une vie vécue avec courage au service de son créateur.

FERME JUSQU’AU BOUT

Parmi les 150 personnes dont « l’agente » du réseau Dutch-Paris divulgua les noms, l’une d’entre elle était très précieuse pour Jean : Gabrielle, sa sœur. Ceux qui la connaissaient la décrivaient comme une personne douce, docile, aux yeux magnifiques. Gabrielle habitait et travaillait à Paris la majeure partie du temps où son frère conduisait des gens en lieu sûr à travers les frontières, échappait à ses poursuivants, et s’évadait de la prison lorsqu’il s’était fait prendre. Tendrement aimée de son frère aîné quand ils étaient enfants, on ne sait pas exactement quel était son rôle dans le réseau Dutch-Paris. Mais quoi qu’elle sût au sujet des activités de son frère était un secret bien gardé qu’elle n’a jamais trahi.

Le dernier sabbat de février 1944, des membres de la Gestapo arrêtèrent Gabrielle lors du service religieux à l’église adventiste de Paris. Ils la ramenèrent d’abord à son appartement, lequel se trouvait dans le même bâtiment que le siège de l’Union des fédérations et celui de la fédération. On lui permit de rassembler rapidement quelques articles personnels avant de l’amener à la prison de Fresnes, en banlieue de la capitale française. Malgré tous les efforts pour la faire relâcher, elle y resta jusqu’en août 1944. Vers la mi-août, les Alliés ne se trouvaient qu’à une soixantaine de kilomètres de Paris. Mais avant qu’ils n’entrent dans la ville pour la libérer, les Allemands embarquèrent Gabrielle à bord de l’un des derniers trains de déportés de Paris aux camps de la mort. Elle arriva à l’infâme camp de Ravensbrück dans le nord de l’Allemagne le 21 août 1944. Les Alliés libérèrent Paris le 25 août 1944.

De Ravensbrück, Gabrielle, classifiée en tant que prisonnière politique selon la carte d’identité qu’elle reçut au camp, et d’autres captifs français à la classification semblable furent transférés à Torgau, un camp satellite de Buchenwald. Elle fut condamnée aux travaux forcés, bref, à l’esclavage. À Torgau, les femmes étaient utilisées dans la production de bombes et de grenades. La santé de Gabrielle, qui n’avait jamais été robuste, se détériora rapidement. En octobre, on la renvoya à Ravensbrück, et ensuite à son camp satellite de Königsberg. Les registres rendus disponibles par le Musée de l’Holocauste des États-Unis confirment qu’elle arriva là le 29 octobre 1944. Le camp de Königsberg était essentiellement un camp d’extermination. Comme on peut s’y attendre, les conditions de vie étaient exécrables. Les femmes dormaient sur des couchettes en bois avec pour tout matelas des sacs remplis de papier. Il n’y avait presque pas de nourriture, et elles n’avaient que des haillons pour se protéger du froid. Quiconque était trop malade pour travailler était envoyé à l’infirmerie. C’est là que Gabrielle passa le reste de ses jours.

Madeleine Billot, une amie de Jean Weidner, fut aussi déportée à Ravensbrück. C’est là qu’elle fit la connaissance de Gabrielle. Madeleine survécut, et après la guerre, elle put raconter le témoignage de la sœur de Jean dans le camp. «À Königsberg, Gabrielle témoignait merveilleusement de sa foi en Dieu. Elle ne cessait d’encourager les autres, même à l’infirmerie (3) . »

En février 1945, comme la libération était imminente, les SS firent évacuer à pied les femmes encore capables de bouger dans une marche de la mort. Celles qui étaient trop faibles – comme Gabrielle – furent laissées là pour mourir. Les SS répétèrent ce qu’ils avaient fait dans de nombreux camps de la mort aux derniers moments de la guerre : ils mirent le feu aux baraques et à l’infirmerie. De façon miraculeuse, Gabrielle fut retirée des flammes au tout dernier moment. Le camp fut libéré le 5 février 1945.

Mais c’était trop tard.

Bien que selon certains rapports elle s’éteignit le 15 février 1945, un document publié contenant les listes de tous les prisonniers de Ravensbrück déclare que sa mort eut plutôt lieu le 6 février (4) . La cause réelle de la mort de Gabrielle ne fut jamais consignée. Après la guerre, Jean Weidner essaya de trouver son lieu de repos final par le biais de Nethelands Tracing Mission, mais en vain. Seul le Seigneur sait où Gabrielle Weidner repose dans l’attente de la résurrection.

LE COURAGE PERSONNIFIÉ

L’histoire de Jean Weidner et celle de Gabrielle Weidner ont une fin radicalement diférente. Les deux furent élevés à suivre l’exemple de Jésus, ce qui influença clairement leur réponse envers le monde et les situations difciles et horribles qu’ils afrontèrent. Leurs histoires servent encore d’exemples à chacun de nous, montrant que dans les pires circonstances, nous pouvons agir avec courage et marcher main dans la main avec notre sauveur, sachant que celui qui nous appelle ne nous oubliera jamais.

Wilona Karimabadi est rédactrice adjointe de Adventist World.

1 Kristen Renwick Monroe, The Hand of Compassion: Portraits of Moral Choice During the Holocaust, Princeton University Press, 2004, p. 102, 103.
2 Carol Rittner et Sondra Myers, éditeurs, The Courage to Care, New York University Press, 1986, p. 65.
3 Herbert Ford, Flee the Captor, Hagerstown, Md., Review and Herald Pub. Assn., 1994, p. 352, 353.
4 Gedenkbuch für die Opfer des Konzentrationslagers Ravensbrück 1939-1945, édité par le Mahn- und Gedenkstätte Ravensbrück/Projekt Gedenkbuch, leadership scientifque par Bärbel Schindler-Saefkow, avec le concours de Monika Schnell, Berlin, Metropol, 2005, p. 655. 

Photo: http://www.keenephf.com/johan-henry-weidner.html

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