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LE CHANGEMENT DE PARADIGME QUE NOUS APPELONS LA RÉFORME

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La Réforme du 16e siècle fut l’épicentre de changements profonds, lesquels n’étaient pas attribuables au pouvoir social ou économique. Les questions centrales étaient de nature théologique. Les théologiens protestants de première génération avaient conclu que l’Église et la théologie scolastique avaient enterré l’Évangile sous des couches de traditions humaines. Ce qui était en jeu, c’était la compréhension de la façon dont on pouvait être sauvé – une question de vie ou de mort, puisque l’Église avait prescrit un système de salut dans lequel la grâce était reléguée au statut d’un article qu’on pouvait mériter.

Un retour aux principes fondamentaux

La nouvelle compréhension de l’Évangile au 16e siècle apporta des changements d’une étendue telle que Diarmaid MacCulloch, un érudit bien connu écrivant sur le thème de l’histoire de la Réforme, les résume comme étant un changement de paradigme qu’il quali e de « toutes choses nouvelles » (1). La contribution fondamentale que Martin Luther apporta à la théologie fut la reconnaissance que le salut est un don gratuit de la grâce divine, et que les êtres humains ne peuvent rien faire pour l’obtenir, si ce n’est de le recevoir par la foi seule.

C’était là une idée révolutionnaire, puisqu’elle s’opposait vigoureusement à la compréhension médiévale du salut dans laquelle le concept du mérite jouait un rôle crucial. Le péché était, croyait-on, un problème de l’être auquel seul un processus de transformation pouvait remédier. Par conséquent, on croyait que le salut s’obtenait en devenant « une personne sainte au moyen d’une coopération avec la grâce par tous les moyens possibles »(2). Un tel système impliquait donc que pour obtenir le salut, les êtres humains devaient ajouter tous leurs efforts à l’œuvre de la grâce, puisque la vie éternelle constituait la récompense de la coopération humaine avec la grâce divine. Le purgatoire, un concept considéré comme le fondement théologique d’une vaste entreprise de l’Église dans la période médiévale (incluant l’acquisition du salut par l’achat d’indulgences), devint pour les réformateurs le symbole de tout ce qui était erroné dans cette vision du salut. La « théologie de la croix » repose au cœur de l’argument de Luther. Elle souligne la centralité de la miséricorde divine en dépit du péché humain, au lieu d’exiger des âmes la vertu comme condition préalable à la grâce.

La justice de Dieu

Dans la pensée de Luther, l’expression clé, c’est la « justice de Dieu » (iustitia Dei). Dans Romains 1.18-3.20, Paul déclare que tous les individus sont coupables, et que par conséquent, le problème de l’humanité consiste à faire face à la justice de Dieu. Dans la théologie d’avant la réforme, la « justice de Dieu » équivalait au châtiment infligé par le Juge divin. Luther s’opposa à cette vision suite à son étude des Psaumes, de l’épître aux Romains et aux Galates entre 1513 et 1517, tandis qu’il donnait un cours sur ces écrits à l’Université de Wittenberg.

Luther établit bibliquement que la iustitia Dei ne doit pas être comprise en termes de justice de Dieu par laquelle Dieu est lui-même justifié, mais en tant que justice par laquelle il justifie les pécheurs. La justice est un don de Dieu au bénéfice de l’humanité – don par lequel il déclare les croyants justes, même s’ils ne sont pas justes en eux-mêmes.

Cette nouvelle définition de la justice exalte Dieu comme étant la source de tous les biens (3). La croix révèle « un Dieu pleinement heureux qui met sa gloire à partager son bonheur. Il n’est ni un avare, ni un matérialiste, mais plutôt un Dieu qui met sa gloire à déverser sa grâce (4). » C’est ce que révèle l’argument décisif de Paul en faveur de la justification par la foi dans Romains 4.25 : « [Jésus notre Seigneur] a été livré à la mort à cause de nos péchés et Dieu l’a ramené à la vie pour nous rendre justes devant lui. »

Après avoir expliqué la nécessité de la justification (Rm 1-3) et la façon dont elle fonctionne (Rm 4), l’apôtre Paul souligne ses conséquences dans Romains 5.1-11. Dans ces textes, il décrit à quel point le peuple de Dieu a été béni en recevant les nouveaux statuts en Jésus-Christ. La déclaration fondamentale de ce passage vient dès le début : « Ainsi, nous avons été rendus justes devant Dieu à cause de notre foi et nous sommes maintenant en paix avec lui par notre Seigneur Jésus-Christ. » (v. 1) Par le sacrifice de Jésus-Christ, Dieu s’est donné lui-même à nous en vue de la réconciliation : il nous a offert son amitié, laquelle constitue le fondement de l’espérance et le motif de la joie.

Selon Romains 5.1-11, la caractéristique principale des croyants est la joie en Dieu : en adorant Dieu et en cherchant sa gloire dans notre vie, nous trouvons un bonheur profond, satisfaisant. Les chrétiens ont une bonne raison de se réjouir en dépit des circonstances de la vie, parce que Dieu a agi en leur faveur, les a délivrés de l’esclavage du péché, et leur a accordé une vie nouvelle en Jésus-Christ. Nous pouvons être remplis d’assurance malgré nos faiblesses, parce que Dieu nous justifie sur le fondement de notre foi en l’œuvre salvatrice du Christ, même si nous ne contribuons en rien à ce salut. Bien que la foi produise de bonnes œuvres dans la vie d’une personne, le salut n’est pas le résultat de la foi plus les œuvres, selon la vision catholique du salut.

C’est vraiment personnel

La justification par la foi est une doctrine à la signification existentielle profonde. Puisque cette expérience nous transforme au cœur même de notre être et détermine notre destinée éternelle, pour les théologiens protestants du 16e siècle, la doctrine de la justification par la foi constituait « le résumé de la doctrine chrétienne », « l’article sur lequel l’Église reste debout ou chute ». Au fil des 500 dernières années, bien des choses ont changé, alors que l’Europe était en feu à cause de ces importantes questions théologiques.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’une focalisation encore plus intense sur le principe de la Réforme, soit la justification par la foi. Cet enseignement biblique a le potentiel de nous donner une expérience renouvelée de l’œuvre, de la puissance, de la sagesse, de la force, du salut, et de la gloire de Dieu dont on a tant besoin dans la culture postmoderne sécularisée. La Réforme – même 500 ans plus tard – joue toujours un rôle de premier plan.

Laszlo Gallusz, titulaire d’un doctorat, est chargé de cours dans les études du Nouveau Testament au Séminaire de théologie de Belgrade, en Serbie.

1 Diarmaid MacCulloch, All Things Made New: The Reformation and Its Legacy, Oxford, Oxford University Press, 2016.
2 Roger E. Olson, The Story of Christian Theology: Twenty Centuries of Tradition and Reform, Downers Grove, Ill., InterVarsity, 1999, p. 373.

3 Alister McGrath, Iustita Dei: A History of the Christian Doctrine of Justification, 3e éd., Cambridge, Cambridge University Press, 2005, p. 222.
4 Michael Reeves et Tim Chester, Why the Reformation Still Matters, Wheaton, Ill., Crossway, 2016, p. 209, 210.

 

LA RÉFORME C’EST FINI !
CETTE RÉFORME SE POURSUIVRA JUSQU’AU RETOUR DE JÉSUS !

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