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Le bon samaritain – Qui est l’homme dépouillé ?

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Quelle était l’identité de l’homme que les brigands ont dépouillé de ses vêtements, ” chargèrent de coups, et (qui) s’en allèrent, le laissant à demi mort” (Luc 10.30) ?

Était-il riche ou pauvre ? On n’en sait rien. Était-il noir, blanc, bronzé ou autre ? Jésus ne le dit pas. Était-il juif, gentil ou métis ? On ne nous le dit pas. Était-ce une personne avec un statut et des études ou était-il insignifiant ? Encore une fois, nous n’en avons aucune idée. En effet, nous ne savons rien d’autre de lui que le fait qu’il se rendait de Jérusalem à Jéricho lorsqu’il a été agressé et volé. Pourtant, malgré notre manque d’information, il est à bien des égards la figure centrale de l’histoire bien connue de Jésus, traditionnellement appelée “La parabole du bon Samaritain” (Luc 10.25-37).

Cette histoire célèbre apparaît au cours d’un débat entre Jésus et un laïc expert dans l’interprétation de la loi de Moïse, au sujet du sens de Lévitique 19.18. L’échange se déroule en deux séries, chacune composée de deux questions et de deux réponses. 

 

Série 1

Première question de l’expert : “Que dois-je faire (poiein) pour hériter la vie éternelle ?” (v.25). C’était une question assez courante. Luc dit clairement que l’expert pose sa question pour tester les connaissances du Sage Galiléen provincial, mais Jésus contourne le piège en posant une autre question en retour.

Première question de Jésus : “Qu’est-il écrit dans la Loi ? Qu’y lis-tu ?” (v.26) ? L’expert est tenu de répondre, puisqu’il est l’autorité reconnue dans l’interprétation de la loi de Moïse. Il perdrait la face devant ses spectateurs s’il essayait de retourner la question à Jésus.

Première réponse de l’expert : “Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même” (v.27). Sa réponse cite deux passages centraux du judaïsme – Deutéronome 6.5 (voir 10.12 ; 13.3 ; 30.6) et Lévitique 19.18. L’expert reste donc proche de sa tradition interprétative juive.

Première réponse de Jésus : ” Tu as bien répondu ; (…) fais cela, et tu vivras. ” (v 28). Jésus donne une réponse sans équivoque : que doit faire l’expert pour atteindre la vie éternelle ? Il doit accomplir l’essence de la loi de Moïdr, c’est-à-dire aimer Dieu totalement et son prochain comme il s’aime lui-même.

 

Série 2

Deuxième question de l’expert : “Et qui est mon prochain (mou) ?” (v.29) ? Par sa dernière question, Jésus a obligé l’expert à enchaîner avec cette question. Ce dernier se doit d’agir ainsi pour défendre sa réputation devant les passants après avoir initialement posé une question si simple sur la Loi qu’il aurait pu résoudre lui-même rapidement. Mais pourquoi le choix de cette deuxième question ?

La réponse devient évidente lorsque le texte est lu dans son intégralité, tel qu’il apparaît dans la Loi : “Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur ; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” (Lévitique 19.17,18). Dans ce contexte, le commandement d’aimer son prochain comme soi-même est limité aux autres Israélites. Le dirigeant du KuKuxKlan (KKK), Chris Barker, a utilisé cet argument et ce contexte pour contredire Ilia Calderón, journaliste de télévision afro-latine : “Non ! Faux ! Lévitique 19.18 dit ‘Aime le prochain de ton peuple’. Mon peuple est blanc. Votre peuple est noir.” (interview, août 2017).

Jésus répond de nouveau à la question de l’expert avec une question, mais avant de la poser, il l’introduit avec l’histoire du Samaritain incroyablement généreux. Les Samaritains étaient des rivaux qui prétendaient être le peuple de Dieu. Leur sacerdoce, leur temple, leur montagne, leur ville et leur version de la Loi étaient un véritable culte. Face à une telle rivalité, Juifs et Samaritains se haïssaient intensément.

Pourquoi le prêtre et le lévite ont-ils contourné le voyageur blessé au bord de la route ? Était-ce parce qu’ils supposaient que la victime agressée n’était pas juive et donc pas leur prochain ? La bonté du Samaritain envers l’étranger agressé est stupéfiante de générosité (v. 34,35). Il soigne personnellement ses blessures, le transporte sur son propre animal jusqu’à l’auberge et paie tous les frais. Tout cela pour un inconnu. La parabole de Jésus donne la réponse à Sa question suivante : “Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ?” (v.36) ? Bien évidemment, cela diffère de ce que sous-entendait deuxième question de l’expert (v.29). L’expert a demandé : “Parmi mes parents, qui est mon voisin ?” Il se préoccupe surtout de savoir qui est accepté et qui ne l’est pas, qui est éligible pour recevoir ses largesses et qui ne l’est pas. Les prostituées juives qui servaient les détestées troupes d’occupation romaine sont exclues. Sont également exclus les Juifs qui percevaient les impôts romains. Et les métis, comme les Samaritains, ne sont guère des parents, ils ne sont donc pas des “prochains” pour un juif orthodoxe.

La question de l’expert : “Qui est mon prochain ?” signifiait pour lui : “À qui dois-je montrer mon amour ?” Mais elle pourrait aussi vouloir dire “qui m’a montré de l’amour ?”. C’est de cette façon que Jésus a pris la question, ce qui oblige l’expert à s’identifier à un étranger à moitié mort sur le bord de la route. La parabole du Samaritain ne permet qu’une seule réponse à la deuxième question de Jésus, et l’expert sait qu’il ne peut éviter de la donner.

Deuxième réponse de l’expert : “Celui qui a agi avec miséricorde envers lui” (v 37a), et celui-ci était un Samaritain tant détesté. L’expert a dû s’étouffer en donnant cette réponse, d’autant plus que Jésus l’avait forcé à s’identifier à l’étranger blessé au bord de la route.

Deuxième réponse de Jésus : “Va et fais de même“. La question initiale de l’expert (“Que dois-je faire ?”) a maintenant reçu une réponse définitive : “Pratique la miséricorde comme le Samaritain, et tu recevras la vie éternelle.”

Dans le premier ensemble de questions, “prochain” fait référence à celui qui reçoit son amour, mais dans la seconde partie de l’échange, la parabole oblige l’expert, comme Jésus l’a voulu, à l’appliquer au sujet qui donne l’amour. De cette façon, Jésus rend universelle la loi de Lévitique 19.18, c’est-à-dire qu’il transforme une loi spécifique à un pays en un esprit d’amour universel et sans restriction, qui dénonce l’interprétation de Lévitique 19.18 par le KKK comme étant anti-Christ.

La raison cruciale pour laquelle Jésus ne décrit pas l’identité de la victime est maintenant évidente : Jésus définit le “prochain” non pas comme celui qui reçoit la bonté (comme dans la Loi), mais par l’action miséricordieuse du bienfaiteur. D’où la double utilisation du verbe “faire” au début de l’histoire (v. 25,28) et à la fin (v 37). Ce ne sont donc pas des facteurs extérieurs comme la couleur, la race, la croyance, la culture ou le sexe qui définissent le “prochain”, mais le fait de faire preuve d’actes désintéressés, de miséricorde et d’amour.1

Puisque c’est ce que nous faisons et non l’identité du destinataire qui définit le “prochain”, pourquoi identifier le bienfaiteur comme un Samaritain ? Parce que la culture qui l’entourait le classait automatiquement de façon désobligeante comme un adversaire étranger et méprisable. Pourtant, étonnement -et c’est tout le génie de cette histoire- contre toute attente, son comportement généreux et miséricordieux a démontré que c’est lui qui a agi comme le prochain de l’homme qui est tombé aux mains des voleurs, et non le prêtre ou le lévite. “Va et fais de même.”

 

Source https://record.adventistchurch.com/2019/01/22/the-man-who-fell-into-the-hands-of-robbers/

Norman Young, ancien maître de conférences à l’Avondale College of Higher Education

——-
1 .Le voisin ” n’a aucune référence à la race, à la couleur ou à la distinction de classe ” (Ellen White, COL, 376).

 

 

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