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La religion face au suicide !

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Pendant des siècles, les Églises catholiques et protestantes ont violemment condamné le suicide. Eric Rutgers, dont le fils s’est donné la mort, témoigne de son expérience au regard des traditions chrétiennes. Une prise de parole dans le cadre du 29e Congrès du GRAAP sur le thème « Le suicide, osons en parler ! »

« Pour chaque suicide, cinq à dix personnes sont touchées par un deuil sévère et pourtant une chape de silence persiste sur ce sujet. » Éric et Jacqueline Rutgers ont perdu leur fils Pascal, qui s’est suicidé en automne 1982 à l’âge de 18 ans et demi. « La mort de notre fils nous a conduits à devenir des experts dans l’accompagnement des personnes endeuillées », explique Eric Rutgers, intervenant au 29e Congrès du Group d’accueil et d’action psychiatrique (GRAAP) sur la thématique « le suicide, osons en parler ! ».

Devant près de 500 personnes réunies au Casino de Montbenon, à Lausanne, mercredi 2 mai, cet ingénieur-physicien a raconté comment la perte de son enfant l’avait transformé à jamais provoquant chez lui de multiples réflexions sur les tabous culturels et religieux liés au suicide. « Je tiens à mon Église, mais cela me fait mal de constater à quel point, elle a été injuste avec les suicidés et leurs familles au cours de l’histoire », lâche Eric Rutgers qui fait partie de la fraternité protestante des Veilleurs. « Le premier grand coupable est Saint-Augustin ». Afin de prévenir le suicide des martyrs, il condamne cette pratique et les personnes qui en réchappent. Sa position a été complètement contre-productive pour les suicidés et leur famille.

Eric Rutgers survole la condamnation du suicide du Ier au XIXe siècle. « Le réformateur Martin Luther affirmait que les suicidés étaient possédés par le Diable. Et avec Jean Calvin également réformateur au XIVe siècle, les rescapés du suicide étaient fouettés, les morts par suicide empalés et leurs familles privées de succession ». À partir du XXe siècle, les Églises chrétiennes deviennent plus compatissantes. « En 1983, le code de droit canonique supprime l’interdiction de sépulture aux suicidés. De notre côté, nous avons reçu beaucoup de réconfort de notre paroisse à Baden (AG) », ajoute le fondateur d’Arc-en-ciel suisse, une association d’entraide de parents en deuil.

La Bible ne condamne pas

Si les Églises catholiques et protestantes ont violemment condamné le meurtre de soi pendant des siècles, « la Bible ne le condamne à aucun moment », insiste Eric Rutgers qui mentionne la présence de neuf suicides dans l’Ancien Testament et un seul dans le Nouveau. « Par ailleurs, plusieurs personnages ont vécu des déprimes terribles et ont demandé à Dieu de mourir, comme Élie (1 Roi 19). Dieu ne le punit pas pour sa demande. Il lui envoie un ange et fait ainsi de la prévention », sourit Eric Rutgers.

À la fin du témoignage et des réflexions d’Eric Rutgers, une personne du public, qui se présente comme athée, lui demande comment trouver du réconfort dans la religion après une telle perte. « Après la mort de notre fils, cela a été très difficile pour moi. J’étais en colère contre Dieu, je le traitais de tous les noms. Mais grâce à l’histoire de Job (NDLR. Récit biblique d’un juste soumis à de multiples épreuves), j’ai progressivement pu transformer ce que je ressentais. J’ai vécu ce drame, Dieu ne m’a pas préservé de la souffrance, mais il m’a relevé, il m’a permis une reconstruction et à présent, je suis heureux de vivre. »

BIA (Bulletin d’information adventiste), reproduit avec autorisation.

 

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