« Je ne suis pas le seul à le penser, Natalie. Des médecins t’ont examinée et ils sont tous d’accord avec moi : tu viens de faire une nouvelle crise psychotique qui te coupe de la réalité. Personne ne va te croire, je ne t’ai même pas touchée! C’est toi qui as commencé à me frapper ! »

Les paroles de mon mari m’ont anéantie au point de m’abandonner une nouvelle fois sous sa coupe.

La violence conjugale est un crime survenant plus fréquemment qu’on le pense. Aussi pénible et inconcevable que soit la réalité, ce délit sévit peut-être même dans votre Église.

J’ai été victime de violence conjugale. Les accès de fureur de mon mari étaient sporadiques. J’ai très vite appris que la soumission était ma meilleure alliée, car elle écourtait mon calvaire. Par contre, la torture émotionnelle n’a jamais pris fin, même après mon divorce. Elle minait mon moral et érodait mon identité profonde.

J’ai été conseillée, diagnostiquée, prise en pitié, calomniée et frappée d’ostracisme, surtout au sein de mon Église. On a également prié pour moi. Ma famille et mes amis ne me reconnaissaient plus.

Je suis normalement de nature gaie et optimiste, mais après avoir été déclarée dépressive, j’étais convaincue que quelque chose ne tournait plus rond chez moi. Mon mari et mes médecins ne pouvaient s’être trompés.

Peut-être vous demandez-vous : « Mais si ça allait si mal, pourquoi ne pas vous être confiée à quelqu’un ? » C’est très simple, j’avais trop honte pour faire cette démarche. Je me suis dit que si je racontais ce que je subissais chez moi, je se- rais cataloguée d’épouse chrétienne ratée. J’espérais qu’en tenant bon, mon mari deviendrait gentil avec moi. Lorsque finalement je me suis confiée à quelqu’un, sa mine horrifiée m’a effrayée. Cette personne a voulu entreprendre quelque chose pour me protéger, mais j’étais terrifiée par les conséquences qu’aurait son intervention sur mon mari, ma fille et moi-même. Mon mari ne cessait de me seriner que mon récit n’était que pure invention et délire. Aussi, pour calmer l’inquiétude de mon entourage, j’ai minimisé les mauvais traitements que je subissais, les justifiant à leurs yeux comme aux miens.

J’ignorais que les hommes qui agressent leur femme ne sont pas ce qu’ils laissent supposer : grossiers, désagréables et frustes. En fait, ils peuvent même se montrer raffinés, bienveillants et pieux. Ils sont exactement ce que Jésus nomme : « des sépulcres blanchis ». Il est impossible pour une victime abusée de parler de sa souffrance et d’être écoutée. Tout le monde, la famille proche mise à part, apprécie le mari agresseur, même sa belle-famille. Il est estimé et respecté par les membres de son Église. L’épouse victime fait tout pour préserver la réputation de son agresseur de mari. J’en étais arrivée à me persuader que si je ressemblais davantage aux autres femmes auxquelles il me comparait : en briquant davantage mon intérieur, en me montrant plus créative avec le budget du ménage, en gardant pour moi mes réflexions personnelles, en mitonnant de meilleurs petits plats, en…

Une femme qui évolue dans un climat de violences conjugales, développe des mécanismes d’adaptation pour concilier les contradictions de la sombre réalité de sa vie à celle lumineuse, qui est dépeinte par son compagnon. Elle apprend à refouler ses émotions personnelles pour évacuer ses souvenirs douloureux. La victime est agacée par la version erronée présentée par son compagnon, mais elle est incapable d’énoncer la version véritable. Comme me l’a confié un jour une amie : « Il ne me frappe jamais, mais ses paroles agissent comme un collier-étrangleur autour de mon cou.»

Un total contrôle

Mon mari a exercé un total contrôle sur ma vie. Il répondait aux questions qui m’étaient posées. Il surveillait le temps que je passais au téléphone. Il sélectionnait les proches et les amis que je fréquentais. Il contrôlait mes dépenses. Il dissimulait mes clés de voiture pour que je ne sorte qu’avec son consentement. J’étais totalement dépendante de lui.

Lorsque je parvenais à rassembler mon courage pour me confier à un pasteur, je me heurtais systématiquement à la même réponse gênée et polie : « Il serait bon que vous vous adressiez à un conseiller conjugal ». Je dois préciser que mon mari était un membre très actif de notre communauté, quant à moi, j’étais traitée pour une dépression nerveuse. Pour n’importe quel observateur moyen, il était évident que j’étais celle qui était à blâmer, car incapable de mener à bien une relation saine.

Les psychologues et les pasteurs qui n’ont pas reçu de formation d’aide aux victimes de violences conjugales ont tendance à accorder tout le crédit à l’auteur des sévices, car sa version est plus cohérente et dépourvue d’émotion. La victime, elle, est confuse, hésitante, contradictoire et parfois même agressive. Mon mari s’est servi de mon agressivité pour prouver sa bonne foi et m’accuser d’être la génératrice de cette violence.

Admettre que j’ai été maltraitée m’est intolérable, cette réalité m’obsède encore. J’éprouve une humiliation permanente ; j’ai toujours la désagréable impression de ne plus être crédible. Lorsqu’une femme révèle l’enfer qu’elle vit dans son couple à son pasteur ou à un membre d’église, la violence s’est souvent déjà installée depuis un moment. Si ses confidents se détournent d’elle ou l’ignorent, elle n’aura peut-être plus jamais le courage de renouveler sa démarche. Peu de femmes inventent ce genre de récit pour attirer l’attention sur elles. La femme a été créée pour être une aide et une compagne pour son mari. Son instinct la pousse naturellement à alimenter et entretenir la relation conjugale. Le seul fait de raconter son calvaire le ravive.

La décision finale

Finalement, j’ai dû prendre seule la décision de me protéger en mettant de la distance entre mon mari et moi. Personne ne pouvait faire ce pas à ma place. Je suis partie et suis revenue à plusieurs reprises, car mon instinct profond et naturel me poussait à croire encore en lui. Je n’aurais jamais pu prendre la décision finale et m’y tenir si je n’avais pas pu compter sur le formidable soutien de relations bienveillantes. Elles avaient su percer à jour l’aspect débonnaire de mon mari et attestaient que mes confidences étaient crédibles. Ces personnes m’ont prouvé que d’une façon ou d’une autre, j’aurais fini par divorcer. J’avais le droit de me libérer de ces entraves et la volonté d’imposer des limites.

Malheureusement, aucune de ces relations n’appartenait à mon Église. Je n’ai pas reçu la moindre aide de mon pasteur. Lorsque je l’ai appelé à mon secours, il ne m’a rendu aucun de mes appels téléphoniques, car trop absorbé par les affaires de l’Église. Il a adopté la position confortable de la neutralité, mais en agissant de la sorte, il a amplifié la véracité de cette affirmation : « Il déclare innocent un coupable et condamne un innocent » (Pr 17.15, BFC). En réalisant que je ne pouvais pas compter sur mon Église, plusieurs responsables ayant pris fait et cause pour mon mari, j’ai obtenu ce précieux soutien auprès d’âmes charitables.

J’aurais apprécié que les frères et sœurs de mon Église disposent des outils nécessaires pour m’aider à me sortir de ce mauvais pas. J’aurais apprécié que les bonnes intentions de mon pasteur soient plus clairvoyantes et admettent la gravité de ma situation. J’aurais apprécié que les dangers que je risquais de courir m’aient été signalés avant mon mariage. Notre monde est loin d’être parfait et rares sont ceux qui ont la virtuosité et la délicatesse de pincer les cordes sensibles d’autrui sans les heurter.

Je ne désire pas juger ceux qui n’ont pas su discerner la vérité dans mon cas personnel, car je n’ai pas su la distinguer moi-même pendant longtemps. Loin de moi la revendication, j’écris simplement parce que je sais que d’autres femmes sont maintenues en laisse par leur mari pour qu’elles agissent comme il le désire. Il y a des femmes qui animent la leçon d’École du sabbat ou le service de louanges à l’église, mais qui ne peuvent pas soutenir votre regard lors d’un banal entretien. Il y a des femmes qui s’asseyent silencieusement sur un banc avec leurs enfants, alors que leur mari préside sur la chaire. Il y a des femmes qui ne parviennent pas à établir de contact avec les autres mères de l’Église.

J’écris ces lignes, car j’espère que mon histoire va aider les pasteurs à prendre conscience des conséquences résultant du fait qu’ils n’ont pas rendu un appel téléphonique ou qu’ils ont résolu qu’une enquête était superflue parce que l’époux a su se montrer persuasif ou qu’il semblait irréprochable sous tous rapports.

Jésus a dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés » (Lc 4.18, BFC).

Jésus est en train d’accomplir son œuvre dans ma vie. C’est un long cheminement personnel qui délivre mon esprit et lui rend la liberté. J’examine constamment mon cœur et j’apprends à pardonner alors qu’aucun pardon ne m’a été réclamé et qu’aucune erreur n’a été admise. Dieu m’a apporté la joie, il est ma force !

NATALIE JOY est un pseudonyme

Publié originalement dans la revue Ministry en Français.

PREMIER CULTE JA16+ À GENÈVE
LA FOUDRE TOUCHE UNE ÉGLISE ADVENTISTE AU RWANDA ET FAIT 15 MORTS

One Comment

  1. Pingback: Quand se divorcer est le plus logique dans une relation d'infidélité.

Leave a Comment