J’envie rarement les autres. Heureusement ! C’est plutôt avec la peur et un certain degré d’orgueil qu’il m’arrive de me battre. Et l’envie ? Pas vraiment. En plus d’être pasteur, je suis professeur aux études supérieures et administrateur à temps partiel. Comme vous le voyez, mon travail foisonne d’activités intéressantes ! Qui plus est, je sens que je me trouve dans le cadre idéal pour appliquer certains des talents que Dieu m’a accordés. Mais récemment, j’ai eu l’impression de ne pas être à ma place… Et je me suis mis à envier un tantinet ceux qui travaillent dans un autre domaine. Je m’explique.

Découvrir son rôle

Au cours des trois dernières années, l’Europe est passée par le drame le plus intense après la réunification pacifique de l’Allemagne en 1989. En 2015, 900 000 réfugiés ont déferlé sur l’Allemagne. Nombre d’entre eux avaient presque tout perdu. La plupart de ces familles pleuraient la mort d’êtres chers. Pendant des mois, les politiciens ont discuté de la façon de les loger, et certains ont même demandé de réduire le nombre d’arrivants. (Même mes enfants, qui suivent de très près ce débat public, se demandent comment cela peut se faire sans violence…). Et je ne cesse de me demander : Quel est mon rôle là-dedans, moi, professeur adventiste de théologie aux études supérieures ?

Dans la région de l’Allemagne où j’habite, la plupart des gens sont sécularisés. Mais dans cette situation de crise, il y a, fort heureusement, quelque chose d’encourageant : les chrétiens sont souvent les plus actifs en ce qui concerne le soutien aux réfugiés. Coincés dans un pays complètement étranger, les jeunes et les familles ont besoin de différents types de soutien. Depuis l’enseignement de base gratuit de la langue jusqu’à l’aide avec la paperasse, depuis l’invitation à déjeuner lancée aux chercheurs d’asile jusqu’à la sensibilisation interculturelle parmi la population hôte et les nouveaux arrivants, il n’y a pas de limite pour manifester l’amour de Jésus à ceux qui se sont enfuis de leur pays déchiré par la guerre.

Et c’est ici que surgit mon malaise. Ma femme a obtenu son diplôme en travail social l’automne dernier et a été immédiatement employée dans une institution d’aide aux réfugiés. Depuis, elle sert à la ligne de front. Et moi alors ? Eh bien, je continue à enseigner, à compléter des projets de recherche qui arrivent à la date butoir, et à m’acquitter de mes responsabilités administratives à l’école. Pouvez-vous comprendre que j’aimerais faire quelque chose de plus stimulant ? Quelque chose qui représente davantage notre mission ?

Bien entendu, je suis ravi de ce que l’Église adventiste en Allemagne ait rapidement développé un projet appelé « Ensemble pour les réfugiés ». Chaque congrégation qui développe des ministères dans ce domaine peut obtenir du soutien d’ADRA. Mais moi ? Pourquoi ne puis-je disposer tout de suite d’une plus grande tranche de temps pour m’engager dans quelque chose d’aussi historique que ça ?

Appliquer les dons de façon appropriée

Au sein de l’Église primitive, les croyants voulurent savoir, eux aussi, qui devait faire quoi. Ils faisaient face à des problèmes considérables : soutien aux pauvres, conflits internes, mauvaise volonté de la part de la société. Avant longtemps, les apôtres comprirent qu’ils ne pouvaient tout faire. Pourquoi ne pas confier à certains croyants la responsabilité du travail social (Ac 6) ? Si d’autres avaient le don du ministère interculturel (Ga 2.7-10), ils devaient l’utiliser ! La prédication ou l’enseignement n’est pas donné à tout le monde. Le travail social non plus. Et oui, certains individus ont le don unique d’établir des relations avec ceux qui ne viendraient jamais d’eux-mêmes à Dieu.

Voici un exemple remarquable de ce que je viens de dire. Dans une petite église de la région où j’habite, quelques femmes d’âge moyen et quelques autres membres plus âgés ont, pendant de nombreuses années, offert un service simple mais essentiel à leur communauté. Ils ont lancé un centre jeunesse dans leur bâtiment. Même s’ils savaient qu’ils n’étaient pas des prédicateurs, ils désiraient soutenir les nécessiteux dans leur petite ville. Depuis le lancement de ce centre, des jeunes viennent jouer, se faire des amis, ou recevoir de l’aide pour faire les devoirs tous les après-midi de la semaine. Récemment, plusieurs jeunes hommes issus de pays où il y a très peu de chrétiens ont commencé à fréquenter le centre. Un jour, ils ont demandé s’ils pouvaient participer au service de culte. Peu de temps après, 10 d’entre eux ont consacré leur vie à Christ.

Comment cela s’est-il produit ? Une poignée seulement de gens ordinaires ont utilisé leurs talents naturels pour servir au sein de leur collectivité. Ils ont donné du temps, offert du soutien à ceux qui sont en butte à des problèmes quotidiens, et partagé leur joie d’être disciples du Christ.

Des talents ordinaires

Les dons spirituels, alors, n’ont pas besoin d’être mystiques ou surnaturels. Parfois, il est dif cile de distinguer entre un talent « naturel » ou un don spécial de Dieu. Souvent, ces dons riment à fond avec les bonnes choses à faire et avec la bonne façon de les faire. Ils permettent à Dieu d’assortir les vrais besoins avec les croyants qui peuvent le mieux servir, ou ceux qui sont prêts à servir tout court. Par conséquent, appliquer un don spirituel signiif e souvent se rendre compte que même les activités courantes bien faites peuvent avoir un impact insoupçonné.

Servir Dieu avec nos dons n’a, bien souvent, rien de spectaculaire – en apparence du moins. Martin Luther l’exprime en ces termes : l’œuvre d’un palefrenier et celle d’un prince sont l’une et l’autre des appels de Dieu. Peut-être avez-vous fait quelque chose pendant tant d’années que cela ne vous semble plus être important – par exemple, préparer un comité, enseigner des cours que vous avez enseignés 10 fois auparavant. Cela peut être aussi simple que de visiter des réfugiés et de manger avec eux. (Dernièrement, j’ai eu occasion de le faire ; mon rôle consistait à prendre le temps d’écouter – un don que tout le monde a dans la même mesure chaque jour). Après tout, les dons de Dieu ne tournent pas autour de ma personne, ni même de mon ambition d’être d’une aide remarquable. Ils concernent avant tout les autres, et la façon de Dieu de faire les choses.

Stefan Höschele, titulaire d’un doctorat et ancien missionnaire en Algérie et en Tanzanie, enseigne la théologie systématique et la missiologie à l’École supérieure de théologie de Friedensau (Theologische Hochschule Friedensau), en Allemagne.

Source : Adventist World

 

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